Pour Gartner, l’avenir de la BI se joue dans les écosystèmes analytiques

Chaque année, Gartner, la fameuse société d’études et de conseil fondée en 1979 et basée à Stamford (Connecticut), publie son Magic Quadrant for Analytics and Business Intelligence Platforms (ABI). Un rapport qui évalue les principaux éditeurs BI et de produits analytiques en fonction de leur capacité d’exécution et de l’exhaustivité de leur vision.

Le rapport de cette année a été publié fin mars. Comme ces cinq dernières années, les capacités d’analytique augmentée, telles que l’écriture et la génération de requêtes en langage naturel et les indicateurs automatisés, sont des tendances fortes de ce marché.

Toutefois, ces considérations évoluent et, contrairement aux années précédentes, la façon dont une plateforme ABI s’intègre dans un écosystème d’analytique plus global est également un élément important, selon Austin Kronz, directeur Analytics et BI chez Gartner et l’un des auteurs du rapport 2022.

Un écosystème analytique est un environnement dans lequel la veille stratégique fait partie d’un ensemble plus vaste, que ce soit une suite d’outils métiers, une plateforme de data science, ou autres.

Au lieu d’un environnement de BI distinct situé au-dessus d’une base de données, dans lequel les informations doivent être déplacées dans les deux sens, une forme de symbiose s’instaure. Dans ce cadre, une telle plateforme embarque des fonctionnalités d’interrogation des données et d’analytique et ne nécessite pas des flux ETL incessants en direction d’un SGBD. L’autre pendant de ce phénomène est reflété par les solutions de BI embarquées dans les environnements de travail des métiers. Il existe donc plusieurs écosystèmes analytiques.

Enfin, la BI doit faire partie d’une plateforme analytique de bout en bout. Celle-ci doit inclure la capture des données, les capacités d’analyse, jusqu’à la prise de décision.

Dans cet entretien, Austin Kronz commente le Magic Quadrant de cette année. Il revient sur l’évolution des critères d’évaluation des éditeurs et la manière dont Gartner distingue les leaders des autres compétiteurs. L’analyste se penche également sur les tendances qui influencent le marché et celles qui pourraient jouer un rôle important dans un avenir proche.

La BI, l’analytique et leurs relations aux écosystèmes

Lorsque vous avez évalué les différents éditeurs cette année, quels critères avez-vous utilisé pour les noter ?

Austin Kronz : Tout Magic Quadrant de Gartner suit toujours les deux axes. Il y a l’axe vertical, qui est la capacité d’exécution, et l’axe horizontal, qui est l’exhaustivité de la vision. Il y a environ six ou sept critères qui composent chacun de ces axes.

Austin Kronz

Pour ce qui est de la capacité d’exécution, nous examinons le produit lui-même – la viabilité globale en matière d’adaptation au marché, la manière dont l’entreprise réalise ses ventes, l’expérience client proposée, ses opérations, sa réactivité aux tendances du marché et sa capacité à pivoter en fonction des besoins des clients. Pour ce qui est de l’exhaustivité de la vision, nous examinons la stratégie marketing et de vente, la feuille de route produits, la manière dont l’entreprise innove, sa compréhension du marché et sa perception de l’avenir du marché.

Vous avez mentionné les tendances du marché – elles évoluent d’une année sur l’autre, alors quelles étaient les tendances clés sur lesquelles les fournisseurs devaient être présents cette année ?

Austin Kronz : Au cours des cinq dernières années environ, l’analytique augmentée a été au centre de l’attention, et cette tendance est toujours d’actualité.

À l’origine, [la technologie] essayait de faciliter le travail de l’analyste. Maintenant les spécialistes de la BI tentent de s’adapter aux décideurs aux travailleurs en première ligne. Il s’agit de contextualiser les [données] et d’augmenter les fonctionnalités existantes d’intelligence artificielle, comme les requêtes écrites en langage naturel, la génération de textes en langage naturel et la production automatisée d’indicateurs.

D’un point de vue prospectif, nous cherchons à percevoir comment les éditeurs ne se concentrent non plus sur les analystes, mais sur la manière d’augmenter les capacités des consommateurs |de tableaux de bord].

L’une des tendances importantes de cette année, c’est la notion d’écosystème. Qu’il s’agisse d’intégrer la BI et l’analytique dans un écosystème d’applications, dans une suite collaborative ou dans une plateforme de traitement des données globale, c’était l’un des critères les plus importants [lors de la rédaction du Magic Quadrant].

L’analytique augmentée et le fait de s’intégrer la solution dans un écosystème sont vraiment importants : l’écosystème d’un point de vue commercial et l’analytique augmentée du point de vue de l’usage.

Un marché particulièrement mature

Pour la deuxième année consécutive, Microsoft, Salesforce (Tableau) et Qlik sont les trois seuls acteurs à avoir obtenu le titre de leader. Qu’est-ce qui distingue ces trois fournisseurs des autres ?

Austin Kronz : L’on en revient à cette capacité d’exécution et de vision.

Microsoft Power BI est encore au cœur des conversations [avec les clients], non seulement parce qu’il fait partie d’Office 365, mais aussi en raison de son rapport qualité-prix. L’écosystème dont Power BI fait partie lui est très bénéfique. Tableau est la référence en matière de visualisation et de découverte visuelle des données, le b. a.-ba de la catégorie ABI. La suite de Tableau bénéficie également d’une forte traction de la part de ses clients et profite désormais de l’écosystème de Salesforce, qui lui fournit de nombreuses capacités pour se différencier.

Malgré son statut de pionnier de la découverte visuelle de données, Tableau est encore très présent sur ce marché. Nous rappelons depuis deux ans que la découverte visuelle des données correspond à un ensemble de fonctionnalités normalement acquises, mais lorsque quelqu’un cherche un outil d’analytique et de BI, Tableau est toujours dans les conversations.

Parmi les trois leaders, Microsoft fait bande à part, avec une meilleure note pour la capacité d’exécution et l’exhaustivité de la vision. Quelles sont les caractéristiques qui distinguent Power BI du reste du peloton ?

Austin Kronz : Power BI domine la mêlée en raison de l’écosystème dont il fait partie. Notons que Microsoft n’est pas non plus en retard en matière de fonctionnalités analytiques. L’outil tire parti de différents composants de l’environnement Microsoft Azure, qu’il s’agisse de capacités de machine learning ou de la possibilité d’intégrer des fonctions analytiques. Non seulement c’est un produit très bien ancré dans l’écosystème Microsoft, mais, de surcroît, il est riche en fonctionnalités.

Avec des plateformes telles que Power BI, Looker, QuickSight et Tableau – qui sont éditées par des géants technologiques et sont intégrées dans des écosystèmes – les éditeurs d’analytiques indépendants sont-ils désavantagés lorsqu’il s’agit de faire partie d’un ensemble plus vaste ?

Austin Kronz : J’ai souligné l’importance de l’intégration de la suite BI dans un écosystème, mais il y a encore beaucoup d’éditeurs indépendants qui sont dans le Magic Quadrant. Leur différentiateur, c’est qu’ils peuvent déployer leurs produits n’importe où et les connecter avec la plupart des logiciels du marché. C’est un avantage important qui permet de dire aux clients qu’ils ont la flexibilité de se déployer là où ils en ont besoin. Il y a toujours de la valeur à être agnostique.

Y a-t-il des fournisseurs qui ont fait des progrès significatifs en matière d’exhaustivité de leur vision et de leur capacité d’exécution ?

Austin Kronz : C’est un marché très mature et très encombré. Faire partie des 20 éditeurs qui composent un Magic Quadrant est un défi en soi. Il y a des centaines de fournisseurs qui font de l’analytique et de la BI. Vous remarquerez donc que le Magic Quadrant de cette année est assez similaire à celui des années précédentes. Je pense que tout le monde a commencé à se pencher sur l’analytique augmentée, et ils ont une sorte d’écosystème. Aucun fournisseur n’a connu une ascension ou une chute fulgurante. C’est un espace assez mature.

Il faut surtout retenir l’arrivée de nouveaux éditeurs sur le marché.

Des cycles d’innovation de plus en plus courts

Parlons-en – qu’est-ce qui permet à Incorta, Tellius et Zoho dignes d’intégrer le Magic Quadrant cette année ?

Austin Kronz : Nous avons des critères d’inclusion qui sont basés sur l’adéquation au marché et une série de mesures du momentum comme la fréquence à laquelle ils reviennent dans les conversations avec les analystes de Gartner et les données de recherche. Nous essayons d’utiliser un mélange d’informations internes et externes pour déterminer les 20 fournisseurs à inclure. Ce sont trois éditeurs qui ont satisfait aux critères d’inclusion, mais ils font des choses légèrement différentes les uns des autres.

À un niveau élevé, Tellius est retenu en raison de son produit d’analytique augmentée et de data science. Zoho propose un grand nombre d’applications différentes, ce qui lui permet de répondre à la tendance de l’écosystème analytique, et Incorta offre ces capacités de bout en bout dans un seul outil. Chacun d’entre eux a des éléments qui s’inscrivent dans la direction que nous avons identifié sur le marché.

Y a-t-il des entreprises en plein essor qui n’ont peut-être pas atteint le seuil d’inclusion du Magic Quadrant, mais qui pourraient percer dans les prochaines années ?

Austin Kronz : Nous suivons beaucoup de startups dans l’espace analytique. Il est très difficile de pénétrer sur ce marché et d’atteindre le niveau des fournisseurs qui figurent actuellement dans le Magic Quadrant. A mesure qu’un grand nombre d’éditeurs bien établis passent au cloud, l’on assiste à une amélioration constante et non à une évolution fulgurante.

Par le passé, un éditeur pouvait débarquer sur un segment et se différencier pendant un certain nombre d’années, mais comme le cloud devient l’épine dorsale de nombreuses plateformes, les cycles d’innovation sont beaucoup plus rapides.

« Auparavant, un acteur pouvait se distinguer sur le marché pendant trois ans. Il n’a désormais plus que trois mois tout au plus avant de voir un concurrent proposer une solution similaire ».
Austin KronzAnalyste, Gartner

Auparavant un acteur pouvait se distinguer sur le marché pendant trois ans. Il n’a désormais plus que trois mois tout au plus avant de voir un concurrent proposer une solution similaire. C’est un véritable défi pour les startups. Si vous êtes une grande entreprise qui a la capacité d’investir dans son propre produit et d’innover, vous pouvez le faire beaucoup plus rapidement maintenant.

Bien qu’elles ne soient peut-être pas sur le point de défier des géants comme AWS, Google, Microsoft et Oracle – ou même des éditeurs indépendants établis comme MicroStrategy et Sisense – qu’observez-vous chez les jeunes entreprises que vous trouvez intéressantes ?

Austin Kronz : En ce qui concerne les tendances que nous observons chez les startups, il y a beaucoup d’évolution. Je suis convaincu que le côté produit de la BI et de l’analytique va continuer à évoluer.

Mais les startups doivent également se spécialiser pour se démarquer. Pour beaucoup d’entre elles, je vois trois choses se produire : certains vendeurs font de l’analytique augmentée pour un domaine particulier comme les chaînes d’approvisionnement ou le marketing.

D’autres font de l’analytique augmentée, mais leur spécialité est la détection des valeurs aberrantes ; et d’autres proposent très spécifiquement un chatbot analytique. Les éditeurs peuvent encore faire d’autres choses – développer des tableaux de bord, créer des visuels – mais pour les startups, l’hyperfocalisation est une nécessité.

Si une startup se contente de proposer une suite analytique « classique », il a peu de chance de se différencier. Microsoft, Tableau, Qlik, Sisense et tous les autres fournisseurs du Magic Quadrant occupent déjà cet espace.

L’influence du cloud commence à se faire sentir

Y a-t-il des tendances qui se dessinent sous la surface et qui, dans un an ou deux, pourraient faire partie des critères d’examen et d’évaluation des éditeurs de solutions analytiques ?

Austin Kronz : Il est de plus en plus difficile de dire ce qui se passera dans trois ans, mais je pense que l’accent sera mis sur l’interopérabilité.

« Il y a quatre ans à peine, nos clients s’interrogeaient sur les différences entre Tableau et Power BI, entre autres. Aujourd’hui, nous recevons beaucoup de questions sur la façon dont Google Cloud et Azure font de l’analytique ».
Austin KronzAnalyste, Gartner

Il y a quatre ans à peine, nos clients s’interrogeaient sur les différences entre Tableau et Power BI, entre autres. Aujourd’hui, nous recevons beaucoup de questions sur la façon dont Google Cloud et Azure font de l’analytique. Cela nous amène à nous demander comment le fournisseur de cloud ou d’applications choisi par les utilisateurs fonctionne avec le reste de l’écosystème de données. Cela va influencer les décisions d’achat en matière d’ABI. C’est pourquoi nous voyons beaucoup d’éditeurs parler d’interopérabilité. Même s’ils sont associés à un cloud particulier, ils indiquent très clairement qu’ils sont totalement agnostiques en matière de connectivité des données.

À l’avenir, l’intégration à un écosystème sera au centre des préoccupations. L’augmentation est là pour rester, et il y en aura certainement beaucoup plus. L’optimisation sera également importante. Il y aura beaucoup plus de requêtes directes où, comme les bases de données se déplacent vers le cloud, l’outil de BI se connecte en direct à la base de données et laisse les données là où elles sont.

Note de l’éditeur : Cette session de question-réponse a été modifiée pour plus de clarté et de concision.

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Pour Gartner, l’avenir de la BI se joue dans les écosystèmes analytiques

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