Avec son intelligence artificielle, ce Rouennais transforme des photos en tableaux de maîtres

L’étudiant et une image des falaises d’Etretat revisitée. (©JH/76actu)

« Je ne suis pas un geek. » Malgré son appétence pour le code et les jeux vidéo, Cédric Letalleur se définit comme « un étudiant lambda ». En 5e année à l’école d’ingénieurs CESI de Rouen, il a programmé une intelligence artificielle qui permet de convertir toute image en toile de maître, de transformer une photo en peinture « à la manière de ».

Un jeune fasciné par l’IA

« Ça m’amuse. Vu que je veux travailler dans l’intelligence artificielle plus tard, j’ai envie de mieux comprendre comment ça se passe. Quoi de mieux que pratiquer. C’est une ’petite’ IA (intelligence artificielle). On ne peut pas faire tourner de grosse IA sur des ordinateurs du commerce », explique le jeune homme de 23 ans qui a grandi à Elbeuf.

Auparavant, il avait réalisé une autre « petite IA » qui fait de la traduction. « Comme Google traduction, en plus modeste. Je n’ai pas les mêmes bases de données ni la même puissance pour les calculs, mais le principe est le même. » Et puis une autre « pour automatiser le tout premier jeu vidéo Donkey Kong ».

Une IA née d’une blague

Sa dernière création est un peu le résultat du hasard : « Avec mes camarades de promotion, on se moquait un peu des NFT (“non-fungible token”, jeton non fongible en français, un fichier numérique d’œuvre auquel est attaché un certificat d’authenticité numérique, NDLR). J’ai proposé en rigolant de faire des NFT de Pokémon mélangés avec des œuvres d’art : Pikachu Monet, Dracaufeu Munch ou Ectoplasma Van Gogh. J’ai même essayé de les vendre, mais ça n’a pas marché. »

De cette facétie d’étudiants naît l’idée de mélanger art et code. Mais comment ça marche ? « Il y a deux images, donc deux inputs (“entrées”). On donne plus de “poids” — c’est un terme mathématique qui signifie importance — à l’image de la photo (10 000) qu’à la peinture (0,001), car il faut conserver la structure de base. Puis on reconstruit une nouvelle image en gardant les formes générales de la première photo en la modifiant par zones de pixels », explique le futur ingénieur en informatique. Le processus dure une demi-heure à une heure, « parce que l’IA “boucle”, refait les étapes continuellement en améliorant à chaque fois le résultat ».

S’il existe déjà des logiciels ou applications pour convertir une photo en peinture, celle-ci est « faite maison ». Cela lui a pris deux jours de travail, avec Python comme langage de programmation. L’IA « apprend », grâce à « un apprentissage par renforcement, un système de récompense, comme quand on donne une friandise à un chien, qui apprend au fur et à mesure. Une des IA “de base” est d’ailleurs chien versus chat », dans laquelle « l’IA doit détecter sur une image si c’est un chien ou un chat. »

Les célèbres falaises d'Etretat...
Les célèbres falaises d’Etretat… (©DR)
... À la manière de Munch.
… À la manière de Munch. (©JH/DR)

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« Ma démarche n’est pas artistique »

Un grand écart entre inspiration et calcul qu’on peut qualifier d’art ? « Ma démarche n’est pas artistique », dément l’étudiant. « Un artiste pense, réfléchit à ce qu’il veut faire. Moi je code. Il n’y a pas d’intention, pas d’inspiration. C’est une simple procédure qui prend beaucoup de calcul et de temps. Personne ne devrait se dire artiste quand on utilise une IA. »

Voilà pour l’approche artistique. Quant aux fantasmes sur l’intelligence artificielle, oubliez Hal, le superordinateur tueur de 2001, l’Odyssée de l’Espace et le remplacement des humains : « Parler d’IA, c’est un abus de langage, parce que l’intelligence est une forme de conscience. Les IA sont programmées pour réaliser une tâche. On ne peut pas dire “apprends à vivre” à une IA. C’est juste un algorithme qui automatise une tâche. Ce ne sont que des calculs. Teminator, c’est un film, pas la réalité. » Même s’« il y a des choses très belles faites en utilisant une IA, comme ce projet de générer une Marianne en mixant les photos de milliers de Françaises ».

Pour lui, on est encore loin du fonctionnement d’un cerveau, de reproduire des comportements liés aux humains comme le raisonnement, la planification ou la créativité, encore moins la conscience et la subjectivité. C’est donc pour le futur doctorant en intelligence artificielle « un bon domaine de recherche, car il y a encore plein de choses à améliorer ! »

En attendant, le vice-président du club de robotique de l’école a encore quelques projets, notamment imprimer en 3D une main artificielle qui puisse reproduire pierre, feuille et ciseau pour jouer au Shifumi contre une IA ! La bataille estudiantine homme-machine promet d’être terrible.

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Avec son intelligence artificielle, ce Rouennais transforme des photos en tableaux de maîtres

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