A Taïwan, les producteurs de puces électroniques se mettent à la géopolitique

La petite annonce, publiée par le numéro un mondial des semi-conducteurs, le taïwanais TSMC, en février, a fait sourire les experts du secteur : l’entreprise la plus valorisée d’Asie recherchait un titulaire de doctorat capable d’analyser « les changements géopolitiques et économiques susceptibles d’affecter la chaîne d’approvisionnement ». Une petite révolution pour une entreprise plus à l’aise dans l’ombre de ses prestigieux clients, Qualcomm ou Apple, qu’au milieu de l’arène politique internationale.

Jalouse de ses secrets industriels, l’entreprise ouvre rarement ses portes aux journalistes, et ses dirigeants évitent les interviews. Ces dernières années, toutefois, la géopolitique la rattrape : le 3 août, lors de sa visite controversée à Taïwan, Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants américaine, avait pris le temps de rencontrer Mark Liu, le patron de TSMC. Les jours suivants, alors que la Chine organisait des exercices militaires autour de Taïwan, les analystes s’inquiétaient autant pour les chaînes d’approvisionnement mondiales que pour le sort des 24 millions d’habitants de l’île, sur laquelle la Chine revendique la souveraineté.

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Et pour cause, TSMC produit 90 % des puces les plus avancées au monde : celles qui permettent aux derniers iPhone d’être les plus puissants, aux centres de données de faire tourner l’informatique mondiale et aux superordinateurs de résoudre des problèmes toujours plus complexes. Alors que la Chine accentue la pression militaire et économique sur l’île, la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, a surnommé TSMC la « montagne sacrée protectrice de la nation ».

Statut encombrant

Un statut encombrant, jugent certains : car, si les Etats-Unis ont promis de défendre Taïwan en cas d’invasion chinoise, la pression américaine pour isoler technologiquement la Chine coûte de plus en plus cher à l’industrie taïwanaise. Malgré des efforts de diversification de l’île, la Chine reste le premier partenaire commercial de Taïwan, recevant, avec Hongkong, 42 % des exportations taïwanaises en 2021, dont 55 % sont des puces électroniques, soit 104 milliards de dollars (107 milliards d’euros), d’après le ministère taïwanais des finances.

Le 7 octobre, les Etats-Unis ont annoncé des sanctions les plus larges jamais imposées aux entreprises chinoises des semi-conducteurs, obligeant toute entité chinoise à obtenir une licence auprès du département du commerce américain, avec une présomption de refus. Après cette annonce, le cours de Bourse de TSMC a chuté de plus de 8 %. Celui d’UMC, un autre producteur de puces taïwanais, a reculé de 4,7 %, tandis que MediaTek, numéro un du design de puces à Taiwan, cédait 9 %. Le cabinet d’analyse Bernstein estime que TSMC pourrait y perdre entre 0,4 % et 5 % de chiffre d’affaires en 2023.

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